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Droit à la déconnexion : Evaluer les usages pour préserver la qualité de vie au travail

Publié le 27 Juin 2017


 

Si 77 % des cadres ouvrent leur mail en dehors du bureau[1], un nombre quasi équivalent souhaite une vraie régulation de l’utilisation des outils numériques. En répondant à cette demande, la loi sur le travail d’août 2016 ouvre la voie à une clarification des usages.

Si les outils  numériques apportent de la flexibilité dans l’organisation du travail, ils peuvent impacter la santé, en créant une charge de travail supplémentaire, sans parler du stress : sollicitations, urgence des réponses à apporter...

 

Que dit la loi sur le sujet ?

Instauré par la loi Travail d’août 2016, le droit à la déconnexion doit permettre au salarié de se couper temporairement des outils numériques afin de ne pas être en permanence joignable dans un cadre professionnel. Il s’agit au final d’« assurer le respect des temps de repos et de congé ainsi que la vie personnelle et familiale ».

Pour les entreprises, il s’agit de trouver un accord sur la mise en place de dispositifs de régulation de l’utilisation des outils numériques ; et à défaut d’accord, d’élaborer une charte devant préciser la mise en œuvre d’actions de sensibilisation et de formation pour les salariés et le personnel d’encadrement.

 

Faire de l’obligation légale une opportunité à saisir

Trois types d’actions peuvent permettre d’alimenter le dialogue au sein de l’entreprise et de mettre en œuvre des solutions opérationnelles :

 

1. Clarifier les pratiques

Pour évaluer l’importance et l’intensité au quotidien des usages numériques, il est d’abord nécessaire de procéder à un état des lieux des pratiques, des comportements et des ressentis, qui diffèrent selon la nécessité des métiers et des organisations. Quelques exemples de questions à se poser :

Quels sont les métiers les plus exposés ?

Quelle est la quantité de mails reçus/envoyés après 20h, ou le week-end ?

Comment est perçu l’usage du digital : souplesse ou contrainte ?

Quelle est la part des salariés qui utilise des outils personnels pour un usage professionnel ?

Quelle est la porosité entre vie professionnelle et vie personnelle ?

 

2. Associer les collaborateurs à la démarche

Comment aménager au mieux  une connexion aujourd’hui quasi permanente et vécue comme nécessaire par la plupart des collaborateurs ? Leur avis est indispensable de même que leur participation à l’expérimentation des solutions tant techniques que d’usage.

 

3. Faire des managers les premiers régulateurs des usages

On le sait, les managers sont les premiers régulateurs du bien-être au travail au sein des équipes. Leur exemplarité sur le sujet est donc primordiale. Des actions en matière de formation et sensibilisation doivent encourager des attitudes « responsables » de leur part. 

 


Ce qu’en pensent les DRH  


Jean-Pierre Poisson, Directeur des Relations Sociales de Bouygues Telecom, Animateur de la Commission Dialogue Social à l’ANDRH :
"Au-delà du « droit » à la déconnexion, prescrit par la loi, il s’agit plutôt d’en faire un sujet d’appropriation des outils numériques, de leur bonne utilisation, d’exemplarité, de respect de l’équilibre de vie professionnelle /personnelle ; il s’agit également d’un sujet où chacun est acteur qu’il soit manager ou  collaborateur. C’est le sens donné aux réflexions que nous avons menés à l’ANDRH, formalisées dans une charte relative à l’usage des outils numériques."
 
Lydie Breton, Directrice de l'innovation sociale chez Sodexo France : 
" Notre posture : ce sont surtout des questions à résoudre en équipe pour que tout le monde définisse comment il souhaite fonctionner. En effet, avec des équipes qui travaillent le weekend, imposer l’absence de mails le samedi ou le dimanche serait hypocrite et non pertinent.
Un écueil à éviter : la pensée que « c’est celui qui lit qui y est » ou autrement dit que l’émetteur n’a aucune responsabilité, et que le receveur la porte entièrement.
Une opportunité : utiliser des fonctionnalités intelligentes d’Outlook comme le choix de la date et l’heure d’envoi du mail."
 

L’article 55 de la loi du 8 août 2016 

«  La négociation annuelle sur l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes et la qualité de vie au travail porte sur :
(…) La mise en place par l'entreprise de dispositifs de régulation de l'utilisation des outils numériques, en vue d'assurer le respect des temps de repos et de congé ainsi que de la vie personnelle et familiale. »
« La charte définit les modalités de l'exercice du droit à la déconnexion et prévoit en outre la mise en œuvre, à destination des salariés et du personnel d'encadrement et de direction, d'actions de formation et de sensibilisation à un usage raisonnable des outils numériques »
 

[1] Source : IFOP, 2016

 


Pour contacter l'auteur : christophe.moricard@obea.fr

    

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