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L'Education thérapeutique du Patient, une nouvelle relation partenariale soignant/ soigné

Publié le 13 Février 2014


La progressive reconnaissance des bénéfices de l’ETP

Au début des années 80, au sein des hôpitaux universitaires de Genève, le professeur Jean-Philippe ASSAL et la psychologue Anne LACROIX ont mené un travail précurseur sur les apprentissages à proposer au patient diabétique afin qu’il assure la surveillance de sa maladie chronique et ajuste son traitement à sa vie quotidienne[2].

Par leur engagement, ces deux pionniers bientôt rejoint par d’autres, accompagneront en Europe le développement et la reconnaissance de l’ETP au cours des années 90. Leur analyse initiale reposait sur l’écart grandissant entre les succès thérapeutiques de la médecine « aigue » et l’incapacité des soignants à prévenir la récidive des complications du diabète.

L’éducation thérapeutique naissante proposait ainsi au soignant d’établir une relation nouvelle de partenariat avec le patient, dans le but de favoriser l'autonomie de ce dernier.


Changer la posture du soignant vis-à-vis des patients atteints de maladie chronique

La maladie chronique à la différence de la maladie aigue, évolue silencieusement tout au long de la vie, demeure le plus souvent non guérissable et requière de fait un accompagnement différent de la part des soignants. Ces derniers gagnent à quitter leurs attitudes prescriptrices si efficaces dans le traitement de crise de la maladie aigue. Cependant il leur est difficile d’accepter un rôle moins direct dans la gestion de la maladie chronique au profit du patient, qui demeure le principal acteur de sa santé et de sa maladie.

Comment pourrait-il en être autrement alors que le patient rencontre au mieux ses soignants une fois par mois, et gère seul sa maladie chronique tout au long de sa vie ?

Cette maladie chronique n’est jamais un événement choisi par le patient. Elle atteint son intégrité corporelle et psychique, remet en cause son « idéal de santé » et altère l’estime de soi. Très souvent elle le place en situation de faiblesse, quand elle n’est pas perçue comme une menace vitale. Les conséquences pour le patient touchent sa vie sociale, professionnelle, affective, voire celle de son entourage. Que propose donc l’ETP ?

Elle s’adresse aux patients atteints de maladies chroniques et à leur entourage pour les aider gérer au mieux leur maladie et leur traitement en collaboration avec les soignants. Pour cela elle s’appuie entre autre sur des apprentissages qui permettent aux patients d’acquérir et de conserver les capacités et les compétences pour vivre de manière optimale avec leur maladie. L’ETP suppose une relation d’altérité entre soignant et patient, qui vise son émancipation et un transfert de compétences.


Un cadre d’intervention très normé

Le rapport sur l’ETP publié en 1999 par le bureau régional OMS pour l’Europe[3]  a fourni les premières recommandations sur l’ETP. Au fil des ans la reconnaissance institutionnelle s’est poursuivie : guide méthodologique HAS[4]  en 2007, intégration de l’ETP dans le code de santé public par la loi HPST[5]  en 2009, jusqu’aux deux récents référentiels publiés par l’INPES[6]  en 2013. Désormais les programmes d’ETP sont soumis à l’autorisation préalable des Agences Régionales de santé[7] (ARS).

Le cadre méthodologique des recommandations françaises conçoit l’ETP comme une démarche structurée en 4 étapes :



Ce cadre méthodologique nécessite d’accompagner les soignants à :


- Créer et utiliser les outils propres à une démarche éducative personnalisée (dossier patient, bilan éducatif partagé…).

- Travailler de manière transdisciplinaire.

- Concevoir un programme d’ETP pour les patients atteints de maladies chroniques.

- Animer les séances éducatives ETP collectives ou individuelles.

- Evaluer les actions éducatives mises en œuvre.

- Remplir une demande d’autorisation de programme ETP pour l’ARS

Ce sont les objectifs poursuivis par les programmes d’ETP qui sont proposés de manière formelle aux soignants à travers un parcours formatif de 40 heures mais qui visent avant tout à créer les conditions favorables au développement d’un véritable partenariat entre le soignants et le patient atteint de maladie chronique.


Dr Guillaume DERVAUX
Service de Diabétologue & Maladies de la Nutrition - CH de Béthune
Unité Transversale d’Education du Patient - CH de Béthune


[1] Miller LV, Goldstein J. More efficient care of diabetic patients in a county-hospital setting. N Engl J Med. 1972 Jun 29;286(26):1388-91.

[2] Damoiseaux P, Lacroix A, Assal JP. Teaching of diabetics: evaluation of the questions put to patients by health care personnel and the usefulness of a pedagogic analysis]. Diabete Metab. 1985 Feb;11(1):9-14.

[3] World Health Organisation (European Office). Therapeutic patient education: continuing education programmes for health care providers in the field of prevention of chronic diseases. Copenhagen: WHO 1999. Version française http://www.euro.who.int/__data/assets/pdf_file/0009/145296/E93849.pdf

[4] http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/etp_-_guide_version_finale_2_pdf.pdf

[5] http://www.legifrance.gouv.fr/

[6] http://www.inpes.sante.fr/FormationsEpS/pdf/dispenser-ETP.pdf  & http://www.inpes.sante.fr/FormationsEpS/pdf/coordonner-ETP.pdf

[7] http://www.ars.nordpasdecalais.sante.fr/Presentation-generale.129805.0.html
 

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